Un lauréat du Prix de la Fondation des Treilles 2026 à l'Institut d'Histoire du Droit

Entretien avec Jan Borrego-Stepniewski, lauréat 2026 du Prix du jeune chercheur de la Fondation des Treilles dans la section Histoire du droit.

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Jan Borrego-Stepniewski, lauréat 2026 du Prix du jeune chercheur de la Fondation des Treilles dans la section Histoire du droit, est actuellement doctorant à l'Institut d'Histoire du Droit sous la direction d’Emmanuelle Chevreau et de Yann Rivière. Sa thèse porte sur "Les tribuns de la plèbe et la construction du droit public". 

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Photo Jan BORREGO STEPNIEWSKI

Quel est votre parcours ?

Après une classe préparatoire littéraire et une licence en droit, j’ai été accepté à l’École normale supérieure en tant qu’étudiant normalien. J’y ai été accepté après avoir présenté un projet de recherche de niveau Master portant sur l’humaniste Jacques Cujas et son traitement de certaines magistratures romaines. Je garde un excellent souvenir de mes années d’études là-bas car, outre l’environnement intellectuel pluridisciplinaire, j’ai eu l’occasion d’y contribuer au développement de la vie associative en créant l’association JurisprudENS avec mon camarade Alexandre Mimms (en doctorat à Assas également à l’heure actuelle). Elle promeut à ce jour l’activité scientifique en droit à l’École et j’avais tenu à ce qu’elle fasse aussi office de Clinique juridique pour aider toute personne en difficulté à s’orienter dans le monde labyrinthique du droit.

En deuxième année de Master, à Assas, sous la direction de Mme le Professeur Emmanuelle Chevreau, j’ai écrit un mémoire portant sur les tribuns de la plèbe. Voyant que ce champ pouvait s’avérer porteur, et conseillé par des spécialistes de la question, j’ai choisi de continuer en thèse, sur le sujet du tribunat de la plèbe et de ses relations avec la construction du droit public romain (de 287 av. J.-C. jusqu’à 14 apr. J.-C.).

Entre la fin du Master et le début de ma thèse, j’ai fait quelques stages, en particulier au Conseil constitutionnel (où a été prise la photo qui figure ci-contre — et je remercie Alexandre Leconte pour ses talents de photographe) et à l’ambassade de France à Varsovie de janvier à mars 2021. C’était une excellente expérience, quoique prenante et, pour me remercier de mon travail pour l’aide au rapatriement des citoyens français qui étaient en Ukraine au moment où la guerre russo-ukrainienne a éclaté, on m’a décerné la médaille d’honneur des Affaires étrangères en février 2022.

Depuis septembre 2022, je suis revenu en thèse dans notre université, où j’assure également, toujours avec mon ami Alexandre Mimms, un atelier d’humanités numériques ouvert aux doctorantes et aux doctorants.

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En quoi consistent vos travaux de recherche ?

Mes travaux portent sur le tribunat de la plèbe, qui était une quasi-magistrature censée protéger les citoyens romains devant l’arbitraire des autres magistrats, tels que les consuls. J’ai décidé de me tourner du côté du statut juridique de ces quasi-magistrats : leur classement dans le système juridique romain demeure à ce jour une difficulté, puisqu’ils se comportent comme des magistrats (en particulier, ils semblent avoir le même genre de pouvoirs), sans en avoir les attributs extérieurs (une toge bordée de pourpre, un siège particulier, des appariteurs spécifiques…). 

Mes recherches m’ont conduit à explorer un aspect particulier, qui est celui de leur caractère de représentants du peuple. À Rome, en effet, ce n’est pas une évidence pour un élu à une fonction publique que de tirer sa légitimité du peuple qui l’a choisi. Un consul n’est pas nécessairement un représentant du peuple. Pour les tribuns, à l’inverse, c’est le cas à toute époque et c’est la raison pour laquelle le pouvoir des tribuns a été repris par les empereurs romains. Avec ce pouvoir, les empereurs ont pu se prétendre représentants du peuple et, par là, dignes du titre de « divins » qui désignait chez les Romains le fait de relever d’un principe organisateur de la nature. 

Bien plus tard, Thomas Hobbes a pu écrire dans son De Cive « le roi est ce que je nomme le peuple » et il est possible qu’il importe ce faisant une idée proprement romaine de la représentation, qui vient des tribuns de la plèbe, mais cela fera peut-être l’objet d’un travail après la fin de ma thèse…

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